De l'eau pour le coton

Publié le 12/02/2016

        l'eau

Les besoins en eau de la production de coton

Le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) l'affirme, sans rire: il faut 5 263 litres d'eau en moyenne pour produire 1kg de coton. Cette précision toute scientifique, qui n'indique pas, toutefois, de quel type de production il s'agit, a au moins le mérite de mettre le doigt sur une réalité: il se consomme beaucoup d'eau de par le monde pour produire du coton. D'autres chiffres circulent, allant jusqu'à 11 000 litres par kg, mais il est difficile d'en vérifier la véracité.

Ce qui est certain, en revanche, d'un point de vue agronomique, c'est que le cotonnier a besoin, au minimum, de 400 à 500mm d'eau, et, en pratique, compte tenu des diverses pertes, d'environ 700mm en moyenne, soit 700 litres/m², ce qui est déjà conséquent sans être énorme. Pour fixer les idées, la hauteur moyenne des précipitations annuelles dans le monde varie de 51mm (Egypte) à 3 240mm (Colombie). En France, la pluviométrie annuelle moyenne est de 867mm.

Au vu de ces chiffres, on pourrait penser que la culture du cotonnier ne nécessite pas d'irrigation artificielle, et qu'une aire agricole bénéficiant à la fois de chaleur et d'ensoleillement, autres facteurs nécessaires, ainsi que d'une pluviosité suffisante, permettrait de produire du coton dans de bonnes conditions. C'est vrai et cela existe: c'est ce que l'on appelle la culture pluviale en opposition à la culture irriguée.

Aires de culture favorables

Cependant, dans le cas du cotonnier, ses besoins en eau sont fonction de son stade de développement, et il est même souhaitable que les apports en eau cessent complètement en fin de mûrissement des capsules et en période de récolte. Les aires de culture qui lui sont favorables sont donc celles bénéficiant d'un climat tropical avec alternance de saison pluvieuse et de saison sèche. Il s'agit alors, en culture pluviale, de suivre le rythme des saisons et de régler les tâches agricoles suivant les alternances d' humidité et de sécheresse.

Cette façon de faire remonte à la nuit des temps et était pratiquée, notamment en Mésopotamie, bien avant l'ère chrétienne. On a retrouvé des fragments de coton vieux de 8000 ans dans la vallée de l'Indus au Pakistan, et de plus de 7000ans au Mexique.

Cependant, que constate-t-on? La culture du cotonnier se pratique désormais sur les cinq continents, entre 40 à 45° de latitude Nord et 30 à 35° de latitude Sud, partout où il fait suffisamment chaud. Soit de la Bulgarie, l'Ouzbékistan et la Chine, au Nord, aux parties septentrionales de l'Argentine et de l'Australie, au Sud.

   aires propices à la culture du cotonnier

Un modèle dominant

Il est évident que le régime des pluies dans des contrées aussi diverses n'est pas forcément adapté à la culture pluviale, d'autant que la culture irriguée, à laquelle on a alors largement recours, fait partie intégrante d'un modèle très différent, le productivisme, encore majoritaire aujourd'hui, malgré une récente et relative prise de conscience de ses méfaits.

Dans ce modèle, le coton est très majoritairement le produit d'une monoculture intensive, ce qui veut dire recherche de rendements élevés, mécanisation poussée, utilisation importante d'intrants chimiques (engrais, pesticides) et, bien sûr, irrigation massive permettant des rendements trois fois supérieurs à ceux de la culture pluviale.

Ainsi, près des trois quarts de la récolte mondiale de coton est issue de la culture irriguée, principalement en provenance de Chine, des Etats-Unis et de l'Inde. En Inde, 90% de l'eau disponible est utilisée pour l'irrigation.

Ce n'est pas la culture irriguée en elle-même qui pose problème, c'est le modèle socio-économique et culturel auquel elle est associée. Quel rapport en effet entre l'exploitation pluviale familiale d'un paysan pauvre africain, sur une surface moyenne d'environ un hectare, où toutes les tâches sont exécutées manuellement, et le modèle dominant de la production intensive sur des exploitations mécanisées et irriguées de centaines d'hectares d'un seul tenant? Dans les deux cas pourtant, il s'agit de producteurs de coton.

récolte manuelle du coton      récolte mécanisée du coton

Nous développerons dans un prochain article les tenants et les aboutissants de ces deux modèles de production du coton que tout oppose, et verrons vers quoi ils conduisent.

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